Le Sube, mémoires d'un miraculé

Le Sube, mémoires d'un miraculé

ALETH MANDULA
Photographies MICKAËL LAUBERT

Tout le monde veut me racheter. On le sait : à Saint-Tropez, la moindre parcelle vaut une fortune ; pour obtenir un emplacement dans une ville croulant sous les enseignes de luxe et où accostent les yachts obèses, la surenchère est la monnaie des rois. Tout s’achète, ici. Même les âmes. Et la mienne est en sursis.

Je suis beau, je n’y peux rien. Je suis beau ! On crève parfois d’être trop beau ! Moi, l’hôtel-restaurant le Sube, j’occupe un immeuble entier sur le port de Saint-Tropez – au 15, Quai de Suffren, pour être exact. De mes fenêtres, la vue est imprenable sur la foule, la mer et les collines boisées au loin. À l’intérieur, c’est un monde à l’odeur de sel, de térébenthine et de cuir patiné par le temps qui se déploie.

Il était une fois…

Les écrivains ont fait courir leur plume sur les tables de ma salle à manger ; levant les yeux, les peintres ont découvert dans le ciel des couleurs invisibles jusque-là. L’hiver, au coin du feu, et l’automne, lors des régates qui constellent le port de bateaux de toute beauté, les skippers racontent leurs périples sur les mers du monde entier. On entend les voiles claquer et les orages gronder. Chez moi, l’art et la mer n’en finissent pas de s’aimer. Je suis le gardien d’un temps qui n’est plus, mais d’une histoire qui, je l’espère, s’écrit encore.

Autoportrait en cuir et acajou

Avant toute chose, il faut savoir que j’existe. Ma terrasse ne s’étale pas sur le port, à la merci des badauds. Non. Il faut être un minimum initié. Derrière l’imposante statue du Bailli de Suffren, du nom de cet enfant du pays qui terrorisa les Anglais sur les mers de l’Inde et gagna le nom d’Amiral Satan, se cache une galerie couverte et un escalier. Montez, et j’apparais. Et, dois-je le dire ? Vous vous émerveillerez.

Mon cœur battant est une vaste pièce à l’ambiance feutrée, aux lumières tamisées où l’acajou règne en maître et le cuir aussi. Derrière le comptoir lustré de mon interminable bar s’étagent des centaines de bouteilles de tailles, de couleurs et de formes différentes reflétées à l’infini par le miroir contre lequel elles sont adossées ; whiskey, rhum, tequila et vodka… Ces flacons de verre font ma renommée. Tous, ils sont les promesses d’ivresses et de fêtes jusqu’au petit matin. Aux murs, les photos des plus beaux voiliers jamais construits : le Pen Duick de Tabarly, le Magic Carpet, le Moonbeam ou le Tuiga du Prince de Monaco. Partout, des fanions chamarrés et derrière les vitrines, des maquettes des plus illustres paquebots : le France, le Normandie, et bien sûr, le Titanic à l’effroyable destin. On trouve aussi des instruments de navigation d’une époque révolue – compas, boussoles, conservateurs de cap –, une caravelle rutilante de pampilles suspendue à l’une des poutres en bois du plafond, une imposante cheminée et au fond de la salle, un piano autour duquel on chante lors des soirées karaoké. Mais ce qu’on voit surtout, c’est le port. Et la mer et ses bateaux. De mon balcon, on embrasse tout : les touristes qui flânent, les bateaux amarrés au quai, le vert des collines de l’autre côté de la baie et le ciel si bleu.

Quand on entre chez moi de jour, on s’affaisse dans de profonds fauteuils de cuir et on soupire de contentement. D’un coup, plus de foule, plus de bruit, plus de musique tonitruante. Reste les voix basses de ses voisins, le tintement des tasses, le bourdonnement de la machine à café. À travers les fenêtres grandes ouvertes, les rumeurs de la ville montent. Parfois, un pigeon s’égare, avant de repartir à tire-d’aile dans le grand ciel. Le soir, c’est une autre histoire. Et surtout à la fin du mois de septembre, lorsque les Voiles de Saint-Tropez débutent. Alors, le monde entier semble s’être donné rendez-vous entre mes murs. Je suis bondé, plein à craquer. On trinque, on boit, on raconte l’orgueil et l’humilité du face-à-face avec la mer. On fête la mer et la beauté.

Chez moi, on est à Saint-Tropez, sans être à Saint-Tropez : on est dans un espace-temps bien précis de Saint-Tropez, le Saint-Tropez éternel. Depuis que j’existe, j’ai tout vu des transformations de la ville. Alors, si le temps m’est compté – et si vous le permettez – laissez-moi vous raconter mon histoire. À travers elle surgissent les silhouettes de celles et de ceux qui ont bâti la réputation de Saint-Tropez. C’est une histoire tissée de rumeurs et de légendes, où les dates sont parfois incertaines et l’imagination supplée au vide laissé par des archives encore à débusquer. Mais après tout, à quoi bon les notes de bas de page… lorsqu’on a une âme ?

Du fumier aux nappes blanches

Jusqu’au XIXe siècle, Saint-Tropez était une ville de commerce et de marins, éveillée chaque matin par le fracas des chantiers navals. Sous les mains expertes des charpentiers prenaient forme trois-mâts, bricks, tartanes et chaloupes. Saint-Tropez était loin d’être le village de pêcheurs oublié que tous fantasment aujourd’hui ! Lorsqu’on se rendait à Saint-Tropez, c’était pour affaire et on dormait certainement chez moi.

On raconte que j’ai d’abord été un relais de diligence tenu par un certain Monsieur Étienne. Les cochers venaient y reposer leurs chevaux dans mon arrière-cour. On réparait et on graissait ce qui devait l’être, on échangeait du courrier et on déposait les passagers. J’avais sûrement déjà des chambres à disposition et au premier étage, là où se trouve aujourd’hui mon bar, une salle à manger.

Mais à partir du milieu du XIXe siècle, le développement rapide des lignes de chemin de fer sonne le glas de l’âge d’or du transport maritime. Saint-Tropez décline. Qu’à cela ne tienne. Alban Martin de Roquebrune (1824-1913), un riche notable local et propriétaire terrien, bientôt maire de la ville, flaire en visionnaire le potentiel touristique du port endormi. Il me rachète, ainsi que deux immeubles mitoyens dans le but d’en faire un grand hôtel. Est-ce à ce moment-là qu’est aménagé, à l’arrière du bâtiment, au-dessus d’un jardin (aujourd’hui propriété du Crédit lyonnais) une vaste terrasse plantée de palmiers (disparue depuis) ? Peut-être. Quoiqu’il en soit, lorsqu’en avril 1866, on inaugure la statue du Bailli de Suffren, on dit qu’Alexandre Dumas (1802-1870), sous prête-nom Georges Bell, s’est assis à mon balcon pour rapporter l’événement dans L’Illustration. Mythe ou réalité ? Qu’importe, après tout ! Il sera le premier de la longue liste de célébrités dont on aime parler en évoquant mon nom.

Alban me confie en gérance à un ancien serrurier au sang chaud, de retour d’exil. L’homme avait pris la tête d’une insurrection de républicains contre le coup d’État de Napoléon III en 1851. Je suis baptisé Hôtel Continental. Pourquoi ce nom ? Sans doute parce que cela fait chic ! Qui dit Continent dit Européen par opposition à Britannique. Continental, et aussitôt surgit l’idée d’une élégance à la française. Après tout, je suis le seul hôtel-restaurant du Port de Saint-Tropez. Il fallait un nom qui claque.

Le creuset des génies

Alban Martin de Roquebrune avait vu juste. Alors que le siècle s’achève, les visiteurs se font plus nombreux, attirés par le soleil et la Méditerranée. Le raccordement de la ville à la ligne ferroviaire Toulon-Saint-Raphaël facilite leur venue, même si le bateau reste, pour beaucoup, le moyen de transport privilégié. L’été 1887, le déjà célèbre Guy de Maupassant (1850-1893), affaibli par la syphilis, luttant contre l’idée de sa propre folie et fuyant Paris, accoste au port de Saint-Tropez à bord de son yacht, le Bel-Ami. Il déjeune chez moi où l’attend une liasse de lettres qui lui semblent être autant de chaînes l’attachant aux vivants. Il l’écrit dans son journal de bord, publié l’année suivante sous le titre Sur l’eau. Cinq ans plus tard, en 1892, c’est Paul Signac qui amarre son cotre de neuf mètres sous mes fenêtres. Lui aussi veut changer d’horizon, bouleversé par la mort précoce de ses amis Van Gogh, Dubois-Pillet, puis de Seurat, son maître à penser. C’est à lui qu’il doit la découverte de la théorie du divisionnisme qui marquera toute son œuvre. Le lendemain de son arrivée, Signac écrit à sa mère : “J’ai trouvé un endroit où je peux travailler jusqu’à la fin de mes jours !”. Il a trente-cinq ans, il loue une maison sur la plage des Graniers – La Ramade – et y passe tout l’été. L’année suivante, il réitère. Cela devient une habitude : l’hiver à Paris, l’été dans le sud. Fasciné par la lumière et les couleurs de la ville, Signac fait de Saint-Tropez le motif récurrent de ses toiles. Ses touches s’élargissent, sa palette s’intensifie. Il expose son travail à Paris. On s’exclame : “Mais quel est ce lieu incroyable ?”

Ses amis peintres affluent et leurs amis aussi : Rysselberghe, Luce, et Couturier. Quelques décennies plus tard, les fauves et postimpressionnistes : Matisse, Manguin, Camoin, Marquet. Sans oublier les nabis : Bonnard, Denis, et Ranson. Tous viennent, attirés par la notoriété du peintre et l’éclat de ses tableaux. Signac ouvre sa maison, en achète une autre – La Hune. Il est l’hospitalité personnifiée. Mais parfois, la place manque chez lui. Ou bien certains sont trop timides pour demander. D’autres tiennent à leur indépendance. Alors, ces peintres logent chez moi et moi, je les accueille à bras ouvert, ces aventuriers de la couleur, bientôt accrochés aux cimaises des musées du monde entier. Et sans forcément loger, ils sont nombreux à s’asseoir à ma table pour disséquer les effets de lumière sur les vagues et les cyprès, et débattre de la meilleure façon de rendre le faseyement d’une voile de bateaux. Ils évoquent la si pittoresque place des Lices où les petits vieux du village passent le temps en jouant aux boules. Ils parlent des prochaines toiles qu’ils présenteront au Salon des Indépendants, de poésie et du bonheur d’être ici.

Saint-Tropez les conquière, et c’est chez moi, dans le calme de mon restaurant, et sur mon balcon suspendu au-dessus du port, que les langues se délient, que les génies se désaltèrent et échappent à la chaleur du jour. C’est ici, chez moi, que palpite ce laboratoire de l’avant-garde artistique. Et moi, je rosis de fierté.

La valse des propriétaires et des célébrités

Mais entre-temps : catastrophe ! Alban Martin de Roquebrune est ruiné ! En 1897, l’ensemble de ses biens est mis aux enchères à la bougie. À ce moment-là, le café Continental est loué à une dame veuve Michel, limonadière, et l’hôtel – “avec toutes ses dépendances” – à un certain Sieur Sube. Eux restent. Les propriétaires changent. Un rentier du nom d’Hippolyte Moïse Barbier, et un coiffeur, Fénelon Louis Berenguier, me rachètent. Je change encore de nom. Me voilà désormais Hôtel Sube & Continental. On aime à dire que ce nouveau baptême serait né d’une idylle entre la veuve Michel et le sieur Sube. Pourquoi pas, après tout ? Une histoire sans intrigue amoureuse est bonne à jeter ! Et après ?

La ville, devenue colonie artistique, attire toujours plus d’esprits affamés de beauté. Ma table, au premier étage, gagne en réputation. Chez moi, on ripaille. Bouillabaisse, vol-au-vent, agneau rôti, pommes rissolées, perdreaux, volailles de Bresse, pièces montées de toutes sortes... Les menus du jour rivalisent de créativité. Dans les années 1900, les bruits des sabots sur les pavés du port se raréfient, remplacés par les moteurs d’automobiles. L’écurie du rez-de-chaussée se transforme en garage. On se presse davantage encore dans mes chambres et la presse locale aime à rapporter qui sont mes clients.

Après la Première Guerre mondiale, Saint-Germain-des-Prés débarque à Saint-Tropez. On croise Colette, Joseph Kessel, Paul Éluard, Boris Vian, Simone de Beauvoir, ou encore Jean-Paul Sartre. Je ne sais plus exactement quand ni comment, mais il est pratiquement certain qu’ils ont tous trouvé le chemin de mon balcon. En revanche, une chose est sûre : Jean Cocteau – l’hypersensible, l’esthète, le flamboyant Cocteau – a bel et bien dormi chez moi. Je l’entends encore ronfler. Dans sa chronique pour Paris-Soir, il s’exclame : “Adieu Saint-Tropez ! Adieu, Bailli de Suffren ! Adieu, hôtel Sube aux frais vestibules de cloître, aux chambres chaudes où grouillent sur le plafond des bacilles nerveux de lumière…” Quel compliment, vous ne trouvez pas ? Alors, dites-moi : comment pourrais-je faire autrement, moi, l’hôtel-restaurant Le Sube, que me gonfler d’orgueil ?

Où le miracle advient

La Deuxième Guerre mondiale éclate. Je blêmis, je vacille, je tremble et dégonfle aussi sec. Plus de trace d’orgueil dans mon corps qui a peur, la peur qui transforme un être humain en lâche ou en héros. Sous les coups conjoints des bombardements alliés et des mines allemandes, tout s’écroule autour de moi. Saint-Tropez est une ruine. Mais moi – miracle ! – je reste debout. La guerre terminée, tout est à reconstruire. On choisit de repartir d’un rêve, c’est-à-dire des images idéalisées de la ville laissées par les peintres – ceux-là mêmes qui sont passés entre mes murs : les maisons pittoresques, les ruelles pavées, les places ombragées, les voiliers alignés dans le port…

À nouveau, le monde afflue. À nouveau, je pourrais dévider le fil de la centaine de célébrités qui se sont pressées sur les plages et les rues de la ville, et à mon balcon. Je pourrais raconter l’effet foudroyant du film de Roger Vadim, Et Dieu… Créa la Femme (1956) sur la légende de Saint-Tropez, comme celui du Gendarme de Saint-Tropez (1964) où s’agite un Louis de Funès à la fois virtuose et vulgaire. Je pourrais dire comment le ventripotent réalisateur américain Orson Welles s’est juché sur mon balcon pour croquer le défilé de la bravade ou vous révéler que Françoise Sagan trouva bien plus intelligent de passer l’hiver entre mes draps que de rester à Paris pour écrire. Mais le temps me manque. Et tout ne peut pas être dit. Ce que je peux vous confier, en revanche, c’est qu’au fil des années, insensiblement, on m’a oublié. 1980. Dans les années 1980, j’appartiens à vingt-quatre propriétaires, c’est-à-dire à personne. Je suis un bien sans visage. Une âme sans maître. Jusqu’à ce qu’un jour de 1986, un avocat fiscaliste parisien, Jean-Louis Carré, frappe à ma porte. Et mon destin bascule à nouveau.

Tel le phénix qui renaît de ses cendres

Jean-Louis devait me racheter pour l’un de ses clients. Mais au dernier moment, celui-ci se désiste. Qu’à cela ne tienne : il me fera sien. En même temps, après m’avoir vu, comment ne pas m’aimer ? Il se substitue à l’acheteur, devient mon maître et mon vainqueur. Pendant trente ans, ce navigateur passionné — qui ne connaissait rien au métier — prend soin de moi. Il fait plus encore : il construit ma légende. Alors que La Nioulargue, devenue Les Voiles de Saint-Tropez, prend son essor, Jean-Louis décide de me métamorphoser. Il transforme la salle de restaurant poussiéreuse du premier étage pour lui donner l’aspect que j’ai aujourd’hui. Le bar en acajou verni, les fauteuils en cuir, les murs lambrissés : c’est lui. Les maquettes de voiliers, les photographies aux murs : encore lui. Selon ses propres mots, je suis devenu : “un lieu d’adoubement des marins, élitiste, mais pas au niveau des prix”. Les années passent. Jean-Louis vieillit. Il doit passer la main.

Mais à qui confier l’œuvre d’une vie ? Une amie lui avait dit : “Tu sais, ton Sube, un jour, il sera à moi !”. Il avait ri. Cette amie, c’est Geneviève Walther. Une femme de poigne, alors propriétaire de la plage-restaurant des Graniers, issue d’une famille installée dans la région depuis des générations. Le musée de l’Annonciade, c’est eux. Ou, plus exactement, le grand-oncle de Geneviève, Georges Grammont, qui reprit et développa ce qui n’était alors que le Museon Tropelen, fondé en 1922 par le peintre Henri Person. Entre les murs de ce musée situé au bout du port, on admire un condensé des œuvres des artistes qui m’ont gracié de leur présence.

Jean-Louis signe un premier compromis avec un acheteur dont le nom m’échappe. Mais quelques jours plus tard, le scandale Madoff éclate. L’homme est ruiné. Jean-Louis se tourne alors vers Geneviève et lui dit, un demi-sourire aux lèvres : “Comme j’ai déjà touché les 10 % de la vente, maintenant, je peux t’attendre”. En 2012, après dix-sept ans aux Graniers, Geneviève et son mari tournent la page et me rachètent. Je suis alors vieux et branlant. Je menace de m’effondrer. Ils me remettent sur pied. Ravalement général. Injections de béton et prothèses d’acier. Toiture, plancher, dalles, tout y passe. J’en ressors flambant neuf, mais surtout : à l’identique. Geneviève, méthodique et méticuleuse, avait photographié chaque élément du décor avant la grande résurrection. Tout est remis à sa place. Seul le bar a été allongé et d’année en année, la collection de maquettes de bateaux, de photos et d’instruments de navigation s’enrichit.

Depuis, elle et son mari font de la résistance. Ils refusent toutes les offres. Un immeuble entier, vingt-deux chambres, dont sept avec balcon sur le port de Saint-Tropez ? Forcément, ça attise les convoitises. Mais Geneviève tranche, le regard droit, le carré poivre et sel frémissant : “Mais que ferais-je donc avec cet argent ! Le Sube, c’est ma vie ! Alors, le Sube, je le garde.” Un silence s’ensuit. Elle reprend : “Mais jusqu’à quand ?”

Il reste un espoir. Que son fils reprenne la barre. Alors, peut-être… je serai sauvé. En attendant, tant qu’il y aura des voiles au vent, des verres levés, des mots échangés au-dessus de la mer, je resterai là.

Droit sur le quai.

Fier comme un vieux capitaine.

Le Sube ne s’incline pas. Il attend la relève.

English Version

A memoir of magnificent survival

Everyone wants to buy me. We all know that in Saint-Tropez, even the smallest plot of land is worth a fortune. To secure a spot in a town where luxury brands overflow on the streets and obese yachts bob in the waters, the bidding wars know no end. Everything can be bought here. Even souls. And mine is on borrowed time. I’m handsome. I can’t help it, I’m handsome! Sometimes being too handsome can kill you! I, the Le Sube Hôtel & Bar, occupy an entire building on the port of Saint-Tropez – at 15 Quai de Suffren, to be exact. From my windows, there is a breathtaking view of the crowds, the sea, and the wooded hills in the distance. Inside, it’s a world that smells of salt, turpentine, and leather weathered by time. Writers have wielded their pens on the tables in my dining room; painters have looked up through my windows to discover colours in the sky that were invisible to them before. In winter, by the fireside, and in autumn, during the regattas that fill the gulf with beautiful boats, skippers recount their voyages across the briny waters. You can hear the sails flapping and the storms grumbling. In my home, art and the sea are involved in an endless love affair. I am the guardian of a time that is no more but of a story that, I hope, is still being written.

Self-portrait in leather and mahogany

First and foremost, you need to know that I exist. My terrace does not stretch in front of the port, at the mercy of just any passer-by. No. You need to be something of an insider. Behind the imposing statue of the Bailli de Suffren, which honours the local boy who terrorised the English on the Indian Ocean and earned the nickname Admiral Satan, lies a covered gallery and a staircase. Climb up, and there I am. And, need I even say it? You will be in awe.

My beating heart is a vast room with a hushed atmosphere, dim lighting, and mahogany and leather everywhere. Behind the polished counter of my endless bar stand hundreds of bottles of different sizes, colours, and shapes, reflected endlessly in the mirror behind them. Whisky, rum, tequila and vodka... these glass bottles are my reputation. All of them promise intoxication and revelry until the wee hours.

On the walls hang photos of the most beautiful sailing ships ever built: Tabarly’s Pen Duick, the Magic Carpet, the Moonbeam, and the Prince of Monaco’s Tuiga. Colourful pennants flutter everywhere while display cases boast models of the most famous ocean liners: the France, the Normandie, and, of course, the tragically fated Titanic. There are also navigational instruments from a bygone era – compasses, bearings, course-keepers – and then a gleaming caravel suspended from one of the ceiling’s wooden beams, an imposing fireplace, and, at the back of the room, a piano where people gather to sing on karaoke nights. But what you see above all is the port. And the sea and its boats. From my balcony, you can see everything: tourists strolling about, yachts moored at the quay, the green hills on the other side of the bay, and the blue blue sky.

When you pass through my doors during the day, you sink into deep leather armchairs and sigh with contentment. Suddenly, there are no more crowds, no more noise, no more loud music. All that remains are the low voices from the nearby tables, the clinking of glasses, and the hum of the coffee machine. Through the wide-open windows, the sounds of the city rise up. Sometimes a pigeon strays in, before flying off into the broad sky. In the evening, it’s a different story. Especially at the end of September, when the Voiles de Saint-Tropez regatta begins. Then, the whole world seems to have gathered within my walls. I’m packed to the rafters. People toast, drink, and talk about the pride and humility of confronting the open waters. They celebrate the sea and its beauty.

When you stay with me, you are in Saint-Tropez without actually being in Saint-Tropez. You are in a very specific space and time in Saint-Tropez, the eternal Saint-Tropez. I have seen all the changes the town has undergone since I was born. So, if you give me the time – and if you will indulge me – let me tell you my story. The ghosts of those who built Saint-Tropez’s reputation will emerge. It is a story woven from rumours and legends, where dates are sometimes uncertain and imagination fills the gaps left by the archives that have yet to be unearthed. But after all, who needs footnotes... when you have a soul?

From manure to white tablecloths

Until the 19th century, Saint-Tropez was a town of trade and seafarers, and people were awakened each morning by the clamour of the shipyards. In the expert hands of carpenters, three-masted ships, brigs, tartanes, and longboats took shape. Saint-Tropez was far from the forgotten fishing village that everyone fantasises about today! When people went to Saint-Tropez, it was for business and they most certainly stayed with me.

I was originally a carriage house run by a certain Mr Étienne. The coach drivers would come and rest their horses in my backyard. They would repair and grease whatever was needed, exchange mail, and drop off passengers. I probably already had rooms available, and on the first floor, where my bar is today, there was a dining room.

From the mid-19th century onwards, the rapid development of the railways marked the end of the golden age of maritime transport. Saint-Tropez went into decline. Never mind. Alban Martin de Roquebrune (1824-1913), a wealthy local dignitary and landowner, was soon to become mayor of the town. He was a visionary who saw the tourist potential of the sleepy port. He bought me, along with two adjoining buildings, with the aim of converting them into a grand hotel. Was it at this time that a large terrace planted with palm trees (now gone) was created at the rear of the building, near a garden (now owned by the Crédit Lyonnais bank)? Perhaps. In any case, when the statue of the Bailli de Suffren was unveiled in April 1866, it is said that Alexandre Dumas (1802-1870), under the pseudonym Georges Bell, sat on my balcony to report on the event for the magazine L’Illustration. Myth or reality? Who cares, really? He would be the first in a long list of celebrities that people like to mention when talking about me.

Alban entrusted me to the care of a hot-blooded former locksmith who had returned from exile. The man had led a republican uprising against Napoleon III’s coup d’état in 1851. I was christened the Hôtel Continental. Why that name? Probably because it sounds fancy! The word “continent” suggests Europe as opposed to Britain. “Continental” immediately conjures up images of French elegance. After all, I was the only hotel-restaurant on the port of Saint-Tropez. I needed a name that would pack a punch.

A melting pot of geniuses

Alban Martin de Roquebrune was right. As the century drew to a close, visitors began to arrive in greater numbers, attracted by the sun and the Mediterranean Sea. The connection to the Toulon-Saint-Raphaël railway line made it easier for them to get to the town, although for many, the boat remained the preferred means of transport. In the summer of 1887, the already famous Guy de Maupassant (1850-1893), weakened by syphilis, struggling with the idea of his own madness, and driven by the need to get away from Paris, arrived at the port of Saint-Tropez aboard his yacht, the Bel-Ami. He had lunch with me, a bundle of letters awaited him, which he saw as chains binding him to the living. He wrote about this in his journal, published the following year under the title Sur l’eau. Five years later, in 1892, Paul Signac moored his nine-metre cutter under my windows. He, too, wanted a change of scenery, shaken by the early deaths of his friends Van Gogh, Dubois-Pillet, and then his mentor, Seurat. It was Seurat who introduced him to the theory of divisionism, which would come to define his paintings. The day after his arrival, Signac wrote to his mother: “I have found a place where I can work until the end of my days!” He was 35 years old and rented a house on Graniers beach – La Ramade – where he spent the entire summer. He did the same the following year. It became a habit: winter in Paris, summer in the south. Fascinated by the light and colours of the town, Signac made Saint-Tropez a recurring motif in his paintings. His brushstrokes became broader and his palette more intense. He exhibited his work in Paris. People exclaimed, “What is this incredible place?” His painter friends flooded in to join him, and soon their friends came too: Rysselberghe, Luce, and Couturier. A few decades later, the Fauves and Post-Impressionists arrived: Matisse, Manguin, Camoin, Marquet. Not to mention the Nabis: Bonnard, Denis, and Ranson. They all came, attracted by the painter’s fame and the brilliance of his paintings.

Signac opened his home and bought another one, La Hune. He was hospitality personified. But sometimes there wasn’t enough space in his house. Or some people were too shy to ask. Others valued their independence. So, these painters stayed with me, and I welcomed them with open arms, those adventurers of colour that would soon be hanging in museums all over the world. And even if they didn’t necessarily stay with me, many of them would sit at my tables to dissect the effects of light on the waves and cypress trees and debate the best ways to capture the fluttering of a boat’s sail. They talked about the picturesque Place des Lices, where the village’s elderly residents spend their time playing boules. They talked about the next paintings they would present at the Salon des Indépendants, about poetry, and about the joy of being here.

Saint-Tropez won them over, and it is here, in the tranquillity of my restaurant and on my balcony overlooking the port, that tongues loosened, that geniuses quenched their thirst as they escaped the heat of the day. It is here, in my home, that this laboratory of artistic avant-garde pulsated. And I blushed with pride.

The dance of owners and celebrities

Then, disaster struck. Alban Martin de Roquebrune was ruined! In 1897, all his possessions were auctioned off by candlelight. At that time, the Continental café was rented to a widow named Michel, a lemonade seller, and the hotel – “with all its outbuildings” – to a certain Sieur Sube. They stayed. But the owners changed. A man of independent means named Hippolyte Moïse Barbier and a hairdresser, Fénelon Louis Berenguier, bought me. I changed my name again. I became the Hôtel Sube & Continental. People like to say that this new name was inspired by a romance between the widow Michel and Sieur Sube. Why not? After all, a story without a love affair is a story not worth telling! What happened next?

The town, now home to a thriving community of artists, attracted more and more people hungry for beauty. My restaurant on the first floor gained a reputation. People feasted at my place. Bouillabaisse, vol-au-vent, roast lamb, browned potatoes, partridges, Bresse chickens, all kinds of layer cakes... The daily menus were a showcase of creativity.

In the 1900s, the sound of hooves on the cobblestones of the port became rarer and it was the engines of cars that began to echo. The stable on the ground floor was converted into a garage. My rooms became even more crowded, and the local press loved to report on my clientele.

After the First World War, Saint-Germain-des-Prés arrived in Saint-Tropez. You would bump into Colette, Joseph Kessel, Paul Éluard, Boris Vian, Simone de Beauvoir, and Jean-Paul Sartre. I don’t remember exactly when or how, but it’s almost certain that they all found their way to my balcony. One thing is certain, however: Jean Cocteau – the hypersensitive, flamboyant aesthete – definitely slept at my house. I can still hear him snoring. In his column for the Paris-Soir newspaper, he exclaimed: “Farewell, Saint-Tropez! Farewell, Bailli de Suffren! Farewell, Hôtel Sube with your cool cloistered hallways and warm rooms where nervous grains of light dance on the ceiling…” Quite the compliment, don’t you think? So, tell me: how could I, the Le Sube Hôtel & Restaurant, do anything but swell with pride?

Where miracles happen

The Second World War erupted. I went pale, I staggered, I trembled, and I quickly lost heart. There was no trace of pride left in my frightened body, I suffered the kind of fear that turns a person into a coward or a hero. Under the combined blows of Allied bombing and German mines, everything around me collapsed. Saint-Tropez was in ruins. But I – miraculously! – remained standing. When the war ended, everything had to be rebuilt. We chose to start again with a dream, that is to say, with an idealised image of the town left behind by the painters – the very same ones who had passed through my walls: the picturesque houses, the cobbled streets, the shady squares, the sailboats lined up in the port... Once again, the world flocked here. Once again, I could reel off the names of the hundreds of celebrities who flocked to the beaches and streets of the town, and to my balcony too. I could recount the stunning effect Roger Vadim’s film And God Created Woman (1956) had on the legend of Saint-Tropez, as well as that of Le Gendarme de Saint-Tropez (1964), which featured Louis de Funès, a man who embodied virtuosity and vulgarity. I could tell you how the pot-bellied American director Orson Welles perched on my balcony to sketch the Bravade de Saint-Tropez parade, or reveal that Françoise Sagan thought it much smarter to spend the winter between my sheets than to stay in Paris to write. But I don’t have that much time. And not everything can be said. What I can tell you, however, is that over the years, imperceptibly, I slowly became forgotten. 1980. In the 1980s, I belonged to 24 owners, which is to say, to no one. I was a faceless asset. A soul without a master. Until one day in 1986, a Parisian tax lawyer, Jean-Louis Carré, knocked on my door. And my destiny changed once again.

Like a phoenix from the ashes

Jean-Louis was supposed to buy me for one of his clients. But at the last minute, the client backed out. No matter: he would make me his own. After all, once he had seen me, how could he not love me? He stepped in for the buyer and became my master and my conqueror. For 30 years, this passionate sailor — who knew nothing about the hotel business — took care of me.

In fact, he did even more: he nourished my legend. As the La Nioulargue regatta, now known as the Voiles de Saint-Tropez, took off, Jean-Louis decided to transform me. He converted the dusty dining room on the first floor into the place I am today. The varnished mahogany bar, the leather armchairs, the panelled walls: all his work. The model sailing boats, the photographs on the walls: his again. As he said, I became “a place where sailors are knighted, elitist, but not in terms of the prices.”

The years passed. Jean-Louis grew older. He had to hand over the reins. But who could he trust with his life’s work? A friend had said to him: “You know, one day, your Sube will be mine!” He laughed. That friend was Geneviève Walther, a formidable woman who owned the Les Graniers beach restaurant and came from a family that had lived in the area for generations. They were the ones behind the Musée de l’Annonciade. Or, more precisely, it was Geneviève’s great-uncle, Georges Grammont, who took over and developed what was then the Museon Tropelen, which had been founded in 1922 by the painter Henri Person. Within the walls of this museum at the end of the port, you can admire a condensed collection of works by the artists who graced me with their presence.

Jean-Louis signed an initial agreement with a buyer whose name escapes me. But a few days later, the Madoff scandal broke. The man was financially ruined. Jean-Louis turned to Geneviève and said, with a half-smile on his lips: “As I’ve already received 10% of the sale, now I can wait for you.”

In 2012, after 17 years at Les Graniers, Geneviève and her husband decided to move on and bought me. I was old and rickety. I was on the verge of collapse. They got me back on my feet. A complete overhaul. Concrete injections and steel prostheses. Roof, floor, paving slabs, everything was replaced. I emerged brand new, but more importantly, identical. Geneviève, methodical and meticulous, had photographed every element of the decor before the grand resurrection. Everything was put back in its place. Only the bar was lengthened, and year after year, the collection of model boats, photos, and nautical instruments grew.

Since then, she and her husband have been resisting. They refuse all offers. An entire building, 22 rooms, seven of which have balconies overlooking the port of Saint-Tropez? Of course, it’s highly coveted. But Geneviève is adamant, her gaze steady, her salt-and-pepper bob quivering: “What would I do with all that money? Le Sube is my life! So I’m keeping it.” A silence follows. She adds: “But for how long?”

There is still hope. That her son will take over the helm. Then, perhaps... My soul will be saved. In the meantime, as long as there are sails in the wind, glasses raised, words exchanged overlooking the sea, I will stay here.

Standing straight on the quay.

Proud as an old captain.

Le Sube does not falter. It waits for the next generation.

Tout le monde veut me racheter. On le sait : à Saint-Tropez, la moindre parcelle vaut une fortune ; pour obtenir un emplacement dans une ville croulant sous les enseignes de luxe et où accostent les yachts obèses, la surenchère est la monnaie des rois. Tout s’achète, ici. Même les âmes. Et la mienne est en sursis.

Je suis beau, je n’y peux rien. Je suis beau ! On crève parfois d’être trop beau ! Moi, l’hôtel-restaurant le Sube, j’occupe un immeuble entier sur le port de Saint-Tropez – au 15, Quai de Suffren, pour être exact. De mes fenêtres, la vue est imprenable sur la foule, la mer et les collines boisées au loin. À l’intérieur, c’est un monde à l’odeur de sel, de térébenthine et de cuir patiné par le temps qui se déploie.

Il était une fois…

Les écrivains ont fait courir leur plume sur les tables de ma salle à manger ; levant les yeux, les peintres ont découvert dans le ciel des couleurs invisibles jusque-là. L’hiver, au coin du feu, et l’automne, lors des régates qui constellent le port de bateaux de toute beauté, les skippers racontent leurs périples sur les mers du monde entier. On entend les voiles claquer et les orages gronder. Chez moi, l’art et la mer n’en finissent pas de s’aimer. Je suis le gardien d’un temps qui n’est plus, mais d’une histoire qui, je l’espère, s’écrit encore.

Autoportrait en cuir et acajou

Avant toute chose, il faut savoir que j’existe. Ma terrasse ne s’étale pas sur le port, à la merci des badauds. Non. Il faut être un minimum initié. Derrière l’imposante statue du Bailli de Suffren, du nom de cet enfant du pays qui terrorisa les Anglais sur les mers de l’Inde et gagna le nom d’Amiral Satan, se cache une galerie couverte et un escalier. Montez, et j’apparais. Et, dois-je le dire ? Vous vous émerveillerez.

Mon cœur battant est une vaste pièce à l’ambiance feutrée, aux lumières tamisées où l’acajou règne en maître et le cuir aussi. Derrière le comptoir lustré de mon interminable bar s’étagent des centaines de bouteilles de tailles, de couleurs et de formes différentes reflétées à l’infini par le miroir contre lequel elles sont adossées ; whiskey, rhum, tequila et vodka… Ces flacons de verre font ma renommée. Tous, ils sont les promesses d’ivresses et de fêtes jusqu’au petit matin. Aux murs, les photos des plus beaux voiliers jamais construits : le Pen Duick de Tabarly, le Magic Carpet, le Moonbeam ou le Tuiga du Prince de Monaco. Partout, des fanions chamarrés et derrière les vitrines, des maquettes des plus illustres paquebots : le France, le Normandie, et bien sûr, le Titanic à l’effroyable destin. On trouve aussi des instruments de navigation d’une époque révolue – compas, boussoles, conservateurs de cap –, une caravelle rutilante de pampilles suspendue à l’une des poutres en bois du plafond, une imposante cheminée et au fond de la salle, un piano autour duquel on chante lors des soirées karaoké. Mais ce qu’on voit surtout, c’est le port. Et la mer et ses bateaux. De mon balcon, on embrasse tout : les touristes qui flânent, les bateaux amarrés au quai, le vert des collines de l’autre côté de la baie et le ciel si bleu.

Quand on entre chez moi de jour, on s’affaisse dans de profonds fauteuils de cuir et on soupire de contentement. D’un coup, plus de foule, plus de bruit, plus de musique tonitruante. Reste les voix basses de ses voisins, le tintement des tasses, le bourdonnement de la machine à café. À travers les fenêtres grandes ouvertes, les rumeurs de la ville montent. Parfois, un pigeon s’égare, avant de repartir à tire-d’aile dans le grand ciel. Le soir, c’est une autre histoire. Et surtout à la fin du mois de septembre, lorsque les Voiles de Saint-Tropez débutent. Alors, le monde entier semble s’être donné rendez-vous entre mes murs. Je suis bondé, plein à craquer. On trinque, on boit, on raconte l’orgueil et l’humilité du face-à-face avec la mer. On fête la mer et la beauté.

Chez moi, on est à Saint-Tropez, sans être à Saint-Tropez : on est dans un espace-temps bien précis de Saint-Tropez, le Saint-Tropez éternel. Depuis que j’existe, j’ai tout vu des transformations de la ville. Alors, si le temps m’est compté – et si vous le permettez – laissez-moi vous raconter mon histoire. À travers elle surgissent les silhouettes de celles et de ceux qui ont bâti la réputation de Saint-Tropez. C’est une histoire tissée de rumeurs et de légendes, où les dates sont parfois incertaines et l’imagination supplée au vide laissé par des archives encore à débusquer. Mais après tout, à quoi bon les notes de bas de page… lorsqu’on a une âme ?

Du fumier aux nappes blanches

Jusqu’au XIXe siècle, Saint-Tropez était une ville de commerce et de marins, éveillée chaque matin par le fracas des chantiers navals. Sous les mains expertes des charpentiers prenaient forme trois-mâts, bricks, tartanes et chaloupes. Saint-Tropez était loin d’être le village de pêcheurs oublié que tous fantasment aujourd’hui ! Lorsqu’on se rendait à Saint-Tropez, c’était pour affaire et on dormait certainement chez moi.

On raconte que j’ai d’abord été un relais de diligence tenu par un certain Monsieur Étienne. Les cochers venaient y reposer leurs chevaux dans mon arrière-cour. On réparait et on graissait ce qui devait l’être, on échangeait du courrier et on déposait les passagers. J’avais sûrement déjà des chambres à disposition et au premier étage, là où se trouve aujourd’hui mon bar, une salle à manger.

Mais à partir du milieu du XIXe siècle, le développement rapide des lignes de chemin de fer sonne le glas de l’âge d’or du transport maritime. Saint-Tropez décline. Qu’à cela ne tienne. Alban Martin de Roquebrune (1824-1913), un riche notable local et propriétaire terrien, bientôt maire de la ville, flaire en visionnaire le potentiel touristique du port endormi. Il me rachète, ainsi que deux immeubles mitoyens dans le but d’en faire un grand hôtel. Est-ce à ce moment-là qu’est aménagé, à l’arrière du bâtiment, au-dessus d’un jardin (aujourd’hui propriété du Crédit lyonnais) une vaste terrasse plantée de palmiers (disparue depuis) ? Peut-être. Quoiqu’il en soit, lorsqu’en avril 1866, on inaugure la statue du Bailli de Suffren, on dit qu’Alexandre Dumas (1802-1870), sous prête-nom Georges Bell, s’est assis à mon balcon pour rapporter l’événement dans L’Illustration. Mythe ou réalité ? Qu’importe, après tout ! Il sera le premier de la longue liste de célébrités dont on aime parler en évoquant mon nom.

Alban me confie en gérance à un ancien serrurier au sang chaud, de retour d’exil. L’homme avait pris la tête d’une insurrection de républicains contre le coup d’État de Napoléon III en 1851. Je suis baptisé Hôtel Continental. Pourquoi ce nom ? Sans doute parce que cela fait chic ! Qui dit Continent dit Européen par opposition à Britannique. Continental, et aussitôt surgit l’idée d’une élégance à la française. Après tout, je suis le seul hôtel-restaurant du Port de Saint-Tropez. Il fallait un nom qui claque.

Le creuset des génies

Alban Martin de Roquebrune avait vu juste. Alors que le siècle s’achève, les visiteurs se font plus nombreux, attirés par le soleil et la Méditerranée. Le raccordement de la ville à la ligne ferroviaire Toulon-Saint-Raphaël facilite leur venue, même si le bateau reste, pour beaucoup, le moyen de transport privilégié. L’été 1887, le déjà célèbre Guy de Maupassant (1850-1893), affaibli par la syphilis, luttant contre l’idée de sa propre folie et fuyant Paris, accoste au port de Saint-Tropez à bord de son yacht, le Bel-Ami. Il déjeune chez moi où l’attend une liasse de lettres qui lui semblent être autant de chaînes l’attachant aux vivants. Il l’écrit dans son journal de bord, publié l’année suivante sous le titre Sur l’eau. Cinq ans plus tard, en 1892, c’est Paul Signac qui amarre son cotre de neuf mètres sous mes fenêtres. Lui aussi veut changer d’horizon, bouleversé par la mort précoce de ses amis Van Gogh, Dubois-Pillet, puis de Seurat, son maître à penser. C’est à lui qu’il doit la découverte de la théorie du divisionnisme qui marquera toute son œuvre. Le lendemain de son arrivée, Signac écrit à sa mère : “J’ai trouvé un endroit où je peux travailler jusqu’à la fin de mes jours !”. Il a trente-cinq ans, il loue une maison sur la plage des Graniers – La Ramade – et y passe tout l’été. L’année suivante, il réitère. Cela devient une habitude : l’hiver à Paris, l’été dans le sud. Fasciné par la lumière et les couleurs de la ville, Signac fait de Saint-Tropez le motif récurrent de ses toiles. Ses touches s’élargissent, sa palette s’intensifie. Il expose son travail à Paris. On s’exclame : “Mais quel est ce lieu incroyable ?”

Ses amis peintres affluent et leurs amis aussi : Rysselberghe, Luce, et Couturier. Quelques décennies plus tard, les fauves et postimpressionnistes : Matisse, Manguin, Camoin, Marquet. Sans oublier les nabis : Bonnard, Denis, et Ranson. Tous viennent, attirés par la notoriété du peintre et l’éclat de ses tableaux. Signac ouvre sa maison, en achète une autre – La Hune. Il est l’hospitalité personnifiée. Mais parfois, la place manque chez lui. Ou bien certains sont trop timides pour demander. D’autres tiennent à leur indépendance. Alors, ces peintres logent chez moi et moi, je les accueille à bras ouvert, ces aventuriers de la couleur, bientôt accrochés aux cimaises des musées du monde entier. Et sans forcément loger, ils sont nombreux à s’asseoir à ma table pour disséquer les effets de lumière sur les vagues et les cyprès, et débattre de la meilleure façon de rendre le faseyement d’une voile de bateaux. Ils évoquent la si pittoresque place des Lices où les petits vieux du village passent le temps en jouant aux boules. Ils parlent des prochaines toiles qu’ils présenteront au Salon des Indépendants, de poésie et du bonheur d’être ici.

Saint-Tropez les conquière, et c’est chez moi, dans le calme de mon restaurant, et sur mon balcon suspendu au-dessus du port, que les langues se délient, que les génies se désaltèrent et échappent à la chaleur du jour. C’est ici, chez moi, que palpite ce laboratoire de l’avant-garde artistique. Et moi, je rosis de fierté.

La valse des propriétaires et des célébrités

Mais entre-temps : catastrophe ! Alban Martin de Roquebrune est ruiné ! En 1897, l’ensemble de ses biens est mis aux enchères à la bougie. À ce moment-là, le café Continental est loué à une dame veuve Michel, limonadière, et l’hôtel – “avec toutes ses dépendances” – à un certain Sieur Sube. Eux restent. Les propriétaires changent. Un rentier du nom d’Hippolyte Moïse Barbier, et un coiffeur, Fénelon Louis Berenguier, me rachètent. Je change encore de nom. Me voilà désormais Hôtel Sube & Continental. On aime à dire que ce nouveau baptême serait né d’une idylle entre la veuve Michel et le sieur Sube. Pourquoi pas, après tout ? Une histoire sans intrigue amoureuse est bonne à jeter ! Et après ?

La ville, devenue colonie artistique, attire toujours plus d’esprits affamés de beauté. Ma table, au premier étage, gagne en réputation. Chez moi, on ripaille. Bouillabaisse, vol-au-vent, agneau rôti, pommes rissolées, perdreaux, volailles de Bresse, pièces montées de toutes sortes... Les menus du jour rivalisent de créativité. Dans les années 1900, les bruits des sabots sur les pavés du port se raréfient, remplacés par les moteurs d’automobiles. L’écurie du rez-de-chaussée se transforme en garage. On se presse davantage encore dans mes chambres et la presse locale aime à rapporter qui sont mes clients.

Après la Première Guerre mondiale, Saint-Germain-des-Prés débarque à Saint-Tropez. On croise Colette, Joseph Kessel, Paul Éluard, Boris Vian, Simone de Beauvoir, ou encore Jean-Paul Sartre. Je ne sais plus exactement quand ni comment, mais il est pratiquement certain qu’ils ont tous trouvé le chemin de mon balcon. En revanche, une chose est sûre : Jean Cocteau – l’hypersensible, l’esthète, le flamboyant Cocteau – a bel et bien dormi chez moi. Je l’entends encore ronfler. Dans sa chronique pour Paris-Soir, il s’exclame : “Adieu Saint-Tropez ! Adieu, Bailli de Suffren ! Adieu, hôtel Sube aux frais vestibules de cloître, aux chambres chaudes où grouillent sur le plafond des bacilles nerveux de lumière…” Quel compliment, vous ne trouvez pas ? Alors, dites-moi : comment pourrais-je faire autrement, moi, l’hôtel-restaurant Le Sube, que me gonfler d’orgueil ?

Où le miracle advient

La Deuxième Guerre mondiale éclate. Je blêmis, je vacille, je tremble et dégonfle aussi sec. Plus de trace d’orgueil dans mon corps qui a peur, la peur qui transforme un être humain en lâche ou en héros. Sous les coups conjoints des bombardements alliés et des mines allemandes, tout s’écroule autour de moi. Saint-Tropez est une ruine. Mais moi – miracle ! – je reste debout. La guerre terminée, tout est à reconstruire. On choisit de repartir d’un rêve, c’est-à-dire des images idéalisées de la ville laissées par les peintres – ceux-là mêmes qui sont passés entre mes murs : les maisons pittoresques, les ruelles pavées, les places ombragées, les voiliers alignés dans le port…

À nouveau, le monde afflue. À nouveau, je pourrais dévider le fil de la centaine de célébrités qui se sont pressées sur les plages et les rues de la ville, et à mon balcon. Je pourrais raconter l’effet foudroyant du film de Roger Vadim, Et Dieu… Créa la Femme (1956) sur la légende de Saint-Tropez, comme celui du Gendarme de Saint-Tropez (1964) où s’agite un Louis de Funès à la fois virtuose et vulgaire. Je pourrais dire comment le ventripotent réalisateur américain Orson Welles s’est juché sur mon balcon pour croquer le défilé de la bravade ou vous révéler que Françoise Sagan trouva bien plus intelligent de passer l’hiver entre mes draps que de rester à Paris pour écrire. Mais le temps me manque. Et tout ne peut pas être dit. Ce que je peux vous confier, en revanche, c’est qu’au fil des années, insensiblement, on m’a oublié. 1980. Dans les années 1980, j’appartiens à vingt-quatre propriétaires, c’est-à-dire à personne. Je suis un bien sans visage. Une âme sans maître. Jusqu’à ce qu’un jour de 1986, un avocat fiscaliste parisien, Jean-Louis Carré, frappe à ma porte. Et mon destin bascule à nouveau.

Tel le phénix qui renaît de ses cendres

Jean-Louis devait me racheter pour l’un de ses clients. Mais au dernier moment, celui-ci se désiste. Qu’à cela ne tienne : il me fera sien. En même temps, après m’avoir vu, comment ne pas m’aimer ? Il se substitue à l’acheteur, devient mon maître et mon vainqueur. Pendant trente ans, ce navigateur passionné — qui ne connaissait rien au métier — prend soin de moi. Il fait plus encore : il construit ma légende. Alors que La Nioulargue, devenue Les Voiles de Saint-Tropez, prend son essor, Jean-Louis décide de me métamorphoser. Il transforme la salle de restaurant poussiéreuse du premier étage pour lui donner l’aspect que j’ai aujourd’hui. Le bar en acajou verni, les fauteuils en cuir, les murs lambrissés : c’est lui. Les maquettes de voiliers, les photographies aux murs : encore lui. Selon ses propres mots, je suis devenu : “un lieu d’adoubement des marins, élitiste, mais pas au niveau des prix”. Les années passent. Jean-Louis vieillit. Il doit passer la main.

Mais à qui confier l’œuvre d’une vie ? Une amie lui avait dit : “Tu sais, ton Sube, un jour, il sera à moi !”. Il avait ri. Cette amie, c’est Geneviève Walther. Une femme de poigne, alors propriétaire de la plage-restaurant des Graniers, issue d’une famille installée dans la région depuis des générations. Le musée de l’Annonciade, c’est eux. Ou, plus exactement, le grand-oncle de Geneviève, Georges Grammont, qui reprit et développa ce qui n’était alors que le Museon Tropelen, fondé en 1922 par le peintre Henri Person. Entre les murs de ce musée situé au bout du port, on admire un condensé des œuvres des artistes qui m’ont gracié de leur présence.

Jean-Louis signe un premier compromis avec un acheteur dont le nom m’échappe. Mais quelques jours plus tard, le scandale Madoff éclate. L’homme est ruiné. Jean-Louis se tourne alors vers Geneviève et lui dit, un demi-sourire aux lèvres : “Comme j’ai déjà touché les 10 % de la vente, maintenant, je peux t’attendre”. En 2012, après dix-sept ans aux Graniers, Geneviève et son mari tournent la page et me rachètent. Je suis alors vieux et branlant. Je menace de m’effondrer. Ils me remettent sur pied. Ravalement général. Injections de béton et prothèses d’acier. Toiture, plancher, dalles, tout y passe. J’en ressors flambant neuf, mais surtout : à l’identique. Geneviève, méthodique et méticuleuse, avait photographié chaque élément du décor avant la grande résurrection. Tout est remis à sa place. Seul le bar a été allongé et d’année en année, la collection de maquettes de bateaux, de photos et d’instruments de navigation s’enrichit.

Depuis, elle et son mari font de la résistance. Ils refusent toutes les offres. Un immeuble entier, vingt-deux chambres, dont sept avec balcon sur le port de Saint-Tropez ? Forcément, ça attise les convoitises. Mais Geneviève tranche, le regard droit, le carré poivre et sel frémissant : “Mais que ferais-je donc avec cet argent ! Le Sube, c’est ma vie ! Alors, le Sube, je le garde.” Un silence s’ensuit. Elle reprend : “Mais jusqu’à quand ?”

Il reste un espoir. Que son fils reprenne la barre. Alors, peut-être… je serai sauvé. En attendant, tant qu’il y aura des voiles au vent, des verres levés, des mots échangés au-dessus de la mer, je resterai là.

Droit sur le quai.

Fier comme un vieux capitaine.

Le Sube ne s’incline pas. Il attend la relève.

English Version

A memoir of magnificent survival

Everyone wants to buy me. We all know that in Saint-Tropez, even the smallest plot of land is worth a fortune. To secure a spot in a town where luxury brands overflow on the streets and obese yachts bob in the waters, the bidding wars know no end. Everything can be bought here. Even souls. And mine is on borrowed time. I’m handsome. I can’t help it, I’m handsome! Sometimes being too handsome can kill you! I, the Le Sube Hôtel & Bar, occupy an entire building on the port of Saint-Tropez – at 15 Quai de Suffren, to be exact. From my windows, there is a breathtaking view of the crowds, the sea, and the wooded hills in the distance. Inside, it’s a world that smells of salt, turpentine, and leather weathered by time. Writers have wielded their pens on the tables in my dining room; painters have looked up through my windows to discover colours in the sky that were invisible to them before. In winter, by the fireside, and in autumn, during the regattas that fill the gulf with beautiful boats, skippers recount their voyages across the briny waters. You can hear the sails flapping and the storms grumbling. In my home, art and the sea are involved in an endless love affair. I am the guardian of a time that is no more but of a story that, I hope, is still being written.

Self-portrait in leather and mahogany

First and foremost, you need to know that I exist. My terrace does not stretch in front of the port, at the mercy of just any passer-by. No. You need to be something of an insider. Behind the imposing statue of the Bailli de Suffren, which honours the local boy who terrorised the English on the Indian Ocean and earned the nickname Admiral Satan, lies a covered gallery and a staircase. Climb up, and there I am. And, need I even say it? You will be in awe.

My beating heart is a vast room with a hushed atmosphere, dim lighting, and mahogany and leather everywhere. Behind the polished counter of my endless bar stand hundreds of bottles of different sizes, colours, and shapes, reflected endlessly in the mirror behind them. Whisky, rum, tequila and vodka... these glass bottles are my reputation. All of them promise intoxication and revelry until the wee hours.

On the walls hang photos of the most beautiful sailing ships ever built: Tabarly’s Pen Duick, the Magic Carpet, the Moonbeam, and the Prince of Monaco’s Tuiga. Colourful pennants flutter everywhere while display cases boast models of the most famous ocean liners: the France, the Normandie, and, of course, the tragically fated Titanic. There are also navigational instruments from a bygone era – compasses, bearings, course-keepers – and then a gleaming caravel suspended from one of the ceiling’s wooden beams, an imposing fireplace, and, at the back of the room, a piano where people gather to sing on karaoke nights. But what you see above all is the port. And the sea and its boats. From my balcony, you can see everything: tourists strolling about, yachts moored at the quay, the green hills on the other side of the bay, and the blue blue sky.

When you pass through my doors during the day, you sink into deep leather armchairs and sigh with contentment. Suddenly, there are no more crowds, no more noise, no more loud music. All that remains are the low voices from the nearby tables, the clinking of glasses, and the hum of the coffee machine. Through the wide-open windows, the sounds of the city rise up. Sometimes a pigeon strays in, before flying off into the broad sky. In the evening, it’s a different story. Especially at the end of September, when the Voiles de Saint-Tropez regatta begins. Then, the whole world seems to have gathered within my walls. I’m packed to the rafters. People toast, drink, and talk about the pride and humility of confronting the open waters. They celebrate the sea and its beauty.

When you stay with me, you are in Saint-Tropez without actually being in Saint-Tropez. You are in a very specific space and time in Saint-Tropez, the eternal Saint-Tropez. I have seen all the changes the town has undergone since I was born. So, if you give me the time – and if you will indulge me – let me tell you my story. The ghosts of those who built Saint-Tropez’s reputation will emerge. It is a story woven from rumours and legends, where dates are sometimes uncertain and imagination fills the gaps left by the archives that have yet to be unearthed. But after all, who needs footnotes... when you have a soul?

From manure to white tablecloths

Until the 19th century, Saint-Tropez was a town of trade and seafarers, and people were awakened each morning by the clamour of the shipyards. In the expert hands of carpenters, three-masted ships, brigs, tartanes, and longboats took shape. Saint-Tropez was far from the forgotten fishing village that everyone fantasises about today! When people went to Saint-Tropez, it was for business and they most certainly stayed with me.

I was originally a carriage house run by a certain Mr Étienne. The coach drivers would come and rest their horses in my backyard. They would repair and grease whatever was needed, exchange mail, and drop off passengers. I probably already had rooms available, and on the first floor, where my bar is today, there was a dining room.

From the mid-19th century onwards, the rapid development of the railways marked the end of the golden age of maritime transport. Saint-Tropez went into decline. Never mind. Alban Martin de Roquebrune (1824-1913), a wealthy local dignitary and landowner, was soon to become mayor of the town. He was a visionary who saw the tourist potential of the sleepy port. He bought me, along with two adjoining buildings, with the aim of converting them into a grand hotel. Was it at this time that a large terrace planted with palm trees (now gone) was created at the rear of the building, near a garden (now owned by the Crédit Lyonnais bank)? Perhaps. In any case, when the statue of the Bailli de Suffren was unveiled in April 1866, it is said that Alexandre Dumas (1802-1870), under the pseudonym Georges Bell, sat on my balcony to report on the event for the magazine L’Illustration. Myth or reality? Who cares, really? He would be the first in a long list of celebrities that people like to mention when talking about me.

Alban entrusted me to the care of a hot-blooded former locksmith who had returned from exile. The man had led a republican uprising against Napoleon III’s coup d’état in 1851. I was christened the Hôtel Continental. Why that name? Probably because it sounds fancy! The word “continent” suggests Europe as opposed to Britain. “Continental” immediately conjures up images of French elegance. After all, I was the only hotel-restaurant on the port of Saint-Tropez. I needed a name that would pack a punch.

A melting pot of geniuses

Alban Martin de Roquebrune was right. As the century drew to a close, visitors began to arrive in greater numbers, attracted by the sun and the Mediterranean Sea. The connection to the Toulon-Saint-Raphaël railway line made it easier for them to get to the town, although for many, the boat remained the preferred means of transport. In the summer of 1887, the already famous Guy de Maupassant (1850-1893), weakened by syphilis, struggling with the idea of his own madness, and driven by the need to get away from Paris, arrived at the port of Saint-Tropez aboard his yacht, the Bel-Ami. He had lunch with me, a bundle of letters awaited him, which he saw as chains binding him to the living. He wrote about this in his journal, published the following year under the title Sur l’eau. Five years later, in 1892, Paul Signac moored his nine-metre cutter under my windows. He, too, wanted a change of scenery, shaken by the early deaths of his friends Van Gogh, Dubois-Pillet, and then his mentor, Seurat. It was Seurat who introduced him to the theory of divisionism, which would come to define his paintings. The day after his arrival, Signac wrote to his mother: “I have found a place where I can work until the end of my days!” He was 35 years old and rented a house on Graniers beach – La Ramade – where he spent the entire summer. He did the same the following year. It became a habit: winter in Paris, summer in the south. Fascinated by the light and colours of the town, Signac made Saint-Tropez a recurring motif in his paintings. His brushstrokes became broader and his palette more intense. He exhibited his work in Paris. People exclaimed, “What is this incredible place?” His painter friends flooded in to join him, and soon their friends came too: Rysselberghe, Luce, and Couturier. A few decades later, the Fauves and Post-Impressionists arrived: Matisse, Manguin, Camoin, Marquet. Not to mention the Nabis: Bonnard, Denis, and Ranson. They all came, attracted by the painter’s fame and the brilliance of his paintings.

Signac opened his home and bought another one, La Hune. He was hospitality personified. But sometimes there wasn’t enough space in his house. Or some people were too shy to ask. Others valued their independence. So, these painters stayed with me, and I welcomed them with open arms, those adventurers of colour that would soon be hanging in museums all over the world. And even if they didn’t necessarily stay with me, many of them would sit at my tables to dissect the effects of light on the waves and cypress trees and debate the best ways to capture the fluttering of a boat’s sail. They talked about the picturesque Place des Lices, where the village’s elderly residents spend their time playing boules. They talked about the next paintings they would present at the Salon des Indépendants, about poetry, and about the joy of being here.

Saint-Tropez won them over, and it is here, in the tranquillity of my restaurant and on my balcony overlooking the port, that tongues loosened, that geniuses quenched their thirst as they escaped the heat of the day. It is here, in my home, that this laboratory of artistic avant-garde pulsated. And I blushed with pride.

The dance of owners and celebrities

Then, disaster struck. Alban Martin de Roquebrune was ruined! In 1897, all his possessions were auctioned off by candlelight. At that time, the Continental café was rented to a widow named Michel, a lemonade seller, and the hotel – “with all its outbuildings” – to a certain Sieur Sube. They stayed. But the owners changed. A man of independent means named Hippolyte Moïse Barbier and a hairdresser, Fénelon Louis Berenguier, bought me. I changed my name again. I became the Hôtel Sube & Continental. People like to say that this new name was inspired by a romance between the widow Michel and Sieur Sube. Why not? After all, a story without a love affair is a story not worth telling! What happened next?

The town, now home to a thriving community of artists, attracted more and more people hungry for beauty. My restaurant on the first floor gained a reputation. People feasted at my place. Bouillabaisse, vol-au-vent, roast lamb, browned potatoes, partridges, Bresse chickens, all kinds of layer cakes... The daily menus were a showcase of creativity.

In the 1900s, the sound of hooves on the cobblestones of the port became rarer and it was the engines of cars that began to echo. The stable on the ground floor was converted into a garage. My rooms became even more crowded, and the local press loved to report on my clientele.

After the First World War, Saint-Germain-des-Prés arrived in Saint-Tropez. You would bump into Colette, Joseph Kessel, Paul Éluard, Boris Vian, Simone de Beauvoir, and Jean-Paul Sartre. I don’t remember exactly when or how, but it’s almost certain that they all found their way to my balcony. One thing is certain, however: Jean Cocteau – the hypersensitive, flamboyant aesthete – definitely slept at my house. I can still hear him snoring. In his column for the Paris-Soir newspaper, he exclaimed: “Farewell, Saint-Tropez! Farewell, Bailli de Suffren! Farewell, Hôtel Sube with your cool cloistered hallways and warm rooms where nervous grains of light dance on the ceiling…” Quite the compliment, don’t you think? So, tell me: how could I, the Le Sube Hôtel & Restaurant, do anything but swell with pride?

Where miracles happen

The Second World War erupted. I went pale, I staggered, I trembled, and I quickly lost heart. There was no trace of pride left in my frightened body, I suffered the kind of fear that turns a person into a coward or a hero. Under the combined blows of Allied bombing and German mines, everything around me collapsed. Saint-Tropez was in ruins. But I – miraculously! – remained standing. When the war ended, everything had to be rebuilt. We chose to start again with a dream, that is to say, with an idealised image of the town left behind by the painters – the very same ones who had passed through my walls: the picturesque houses, the cobbled streets, the shady squares, the sailboats lined up in the port... Once again, the world flocked here. Once again, I could reel off the names of the hundreds of celebrities who flocked to the beaches and streets of the town, and to my balcony too. I could recount the stunning effect Roger Vadim’s film And God Created Woman (1956) had on the legend of Saint-Tropez, as well as that of Le Gendarme de Saint-Tropez (1964), which featured Louis de Funès, a man who embodied virtuosity and vulgarity. I could tell you how the pot-bellied American director Orson Welles perched on my balcony to sketch the Bravade de Saint-Tropez parade, or reveal that Françoise Sagan thought it much smarter to spend the winter between my sheets than to stay in Paris to write. But I don’t have that much time. And not everything can be said. What I can tell you, however, is that over the years, imperceptibly, I slowly became forgotten. 1980. In the 1980s, I belonged to 24 owners, which is to say, to no one. I was a faceless asset. A soul without a master. Until one day in 1986, a Parisian tax lawyer, Jean-Louis Carré, knocked on my door. And my destiny changed once again.

Like a phoenix from the ashes

Jean-Louis was supposed to buy me for one of his clients. But at the last minute, the client backed out. No matter: he would make me his own. After all, once he had seen me, how could he not love me? He stepped in for the buyer and became my master and my conqueror. For 30 years, this passionate sailor — who knew nothing about the hotel business — took care of me.

In fact, he did even more: he nourished my legend. As the La Nioulargue regatta, now known as the Voiles de Saint-Tropez, took off, Jean-Louis decided to transform me. He converted the dusty dining room on the first floor into the place I am today. The varnished mahogany bar, the leather armchairs, the panelled walls: all his work. The model sailing boats, the photographs on the walls: his again. As he said, I became “a place where sailors are knighted, elitist, but not in terms of the prices.”

The years passed. Jean-Louis grew older. He had to hand over the reins. But who could he trust with his life’s work? A friend had said to him: “You know, one day, your Sube will be mine!” He laughed. That friend was Geneviève Walther, a formidable woman who owned the Les Graniers beach restaurant and came from a family that had lived in the area for generations. They were the ones behind the Musée de l’Annonciade. Or, more precisely, it was Geneviève’s great-uncle, Georges Grammont, who took over and developed what was then the Museon Tropelen, which had been founded in 1922 by the painter Henri Person. Within the walls of this museum at the end of the port, you can admire a condensed collection of works by the artists who graced me with their presence.

Jean-Louis signed an initial agreement with a buyer whose name escapes me. But a few days later, the Madoff scandal broke. The man was financially ruined. Jean-Louis turned to Geneviève and said, with a half-smile on his lips: “As I’ve already received 10% of the sale, now I can wait for you.”

In 2012, after 17 years at Les Graniers, Geneviève and her husband decided to move on and bought me. I was old and rickety. I was on the verge of collapse. They got me back on my feet. A complete overhaul. Concrete injections and steel prostheses. Roof, floor, paving slabs, everything was replaced. I emerged brand new, but more importantly, identical. Geneviève, methodical and meticulous, had photographed every element of the decor before the grand resurrection. Everything was put back in its place. Only the bar was lengthened, and year after year, the collection of model boats, photos, and nautical instruments grew.

Since then, she and her husband have been resisting. They refuse all offers. An entire building, 22 rooms, seven of which have balconies overlooking the port of Saint-Tropez? Of course, it’s highly coveted. But Geneviève is adamant, her gaze steady, her salt-and-pepper bob quivering: “What would I do with all that money? Le Sube is my life! So I’m keeping it.” A silence follows. She adds: “But for how long?”

There is still hope. That her son will take over the helm. Then, perhaps... My soul will be saved. In the meantime, as long as there are sails in the wind, glasses raised, words exchanged overlooking the sea, I will stay here.

Standing straight on the quay.

Proud as an old captain.

Le Sube does not falter. It waits for the next generation.

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